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« SUIVRE L’ÉVOLUTION D’UN MAL DE DOS ENTRE UN ET TROIS MOIS PERMET DE LIMITER LE RISQUE QUE LA DOULEUR NE DEVIENNE CHRONIQUE ET PARFOIS AIDE À REDRESSER UN DIAGNOSTIC »

4 décembre 2017

 

Aujourd’hui plus que jamais, avec la banalisation du mal de dos, il est primordial de rechercher son origine mécanique ou inflammatoire. Dans un cas comme dans l’autre, une prise en charge rapide doit être effectuée pour soulager la douleur. Voici les précieux enseignements du Docteur Hudry, rhumatologue à Paris.


 

1/ Chacun d’entre nous peut être touché un jour ou l’autre par un mal de dos, le plus souvent de manière occasionnelle. Parfois, malheureusement, les douleurs peuvent durer et devenir chroniques. Pour quelle raison pouvons-nous être tous potentiellement touchés ?

Il faut savoir que 8 personnes sur 10 auront mal au dos dans leur vie. La plupart du temps il s’agit d’une lombalgie aigue qui va guérir dans le mois. Ce qu’on sait avec certitude, c’est que les premières causes de persistance de la lombalgie sont le stress professionnel, le terrain anxieux ou dépressif ou encore certaines anomalies anatomiques comme un canal lombaire étroit ou une scoliose. Dans tous les pays industrialisés, près de 5% de la population est en arrêt maladie de manière chronique pour lombalgie*. Malheureusement, le mal de dos est devenu de nos jours un problème de santé banal.

 

2/ A partir de quel moment une personne souffrant d’un mal de dos doit consulter ? Et qui doit-elle consulter ?

Dans tous les cas, il faut d’abord aller voir son médecin généraliste.

Le médecin traitant va par l’interrogatoire distinguer la pathologie vertébrale commune de la pathologie vertébrale non commune. Il cherchera les éléments comme :

• un traumatisme récent

• un âge : <20ans, >55ans

• une douleur à caractère inflammatoire

• la présence de comorbidités (y.c. médicaments)

• une fièvre

• une infection cutanée ou urinaire

• un déficit neurologique (y.c. troubles sphinctériens)

• une absence de syndrome lombo-vertébral

Prenons le cas d’une personne qui soulève une table et qui se retrouve bloquée du dos avec des douleurs lombaires aigues, ces douleurs disparaissent rapidement en générale en moins d’une semaine avec ou sans médicaments. Dans ce cas, il s’agit d’un lumbago, c’est une pathologie vertébrale commune. En général un mal de dos mécanique, comme le lumbago,  dure moins d’un mois. Si la douleur persiste, il est important de consulter son médecin pour éviter que la douleur ne devienne chronique, et si elle dure depuis 3 mois alors ce n’est pas un simple lumbago.

Il convient de chercher alors des facteurs de risque de chronicisation comme :

• des problèmes psychologiques

• un comportement douloureux inapproprié

• des attitudes et croyances inappropriées par rapport aux lombalgies

• des problèmes professionnels ou conflits assécurologiques

Si le mal de dos dure plus de 3 mois, qu’il est d’origine inflammatoire et que le patient a des antécédents de talalgie (=douleurs aux talons), de douleurs au niveau des fesses ou d’une fesse puis de l’autre ( fessalgie à bascule) , de psoriasis, de signes extra-articulaires ou autre, à ce moment-là, il sera légitime de demander une IRM des sacro iliaques et l’avis d’un rhumatologue.

Que ce soit dans un cas ou dans l’autre, voir un patient entre un mois et trois mois d’évolution permet soit de diminuer le risque que la douleur ne devienne chronique soit de redresser le diagnostic en faveur d’une spondylarthrite ankylosante.

 

3/ Quand on parle de mal de dos, les professionnels de la santé font une vraie distinction, d’un côté le mal de dos mécanique et de l’autre inflammatoire, pouvez-vous nous en dire plus sur cette distinction ?

La différence entre l’origine mécanique ou inflammatoire, c’est le caractère aigu et parfois récidivant de la douleur pour le mal de dos d’origine mécanique et le caractère chronique pour celle d’origine inflammatoire. Aujourd’hui, les gens ne font pas la distinction entre les deux, or ce qui est important c’est le timing : quand la douleur persiste au-delà de trois mois, on peut se demander si ce n’est pas un mal de dos inflammatoire surtout chez un jeune. L’âge de début des premier symptômes est très important, les éléments qui permettent de classer les symptômes comme étant lié à un rhumatisme inflammatoire sont surtout pertinent pour des symptômes qui débutent avant l’âge de 45 ans.

J’ai eu des patients qui pendant des années ont souffert de lombalgies modérées, supportables ou peu gênantes et le jour où on a investigué sur les causes de la douleur et on a alors découvert alors qu’il s’agissait d’une spondylarthrite.

Donc pour résumer, quand la douleur est aigue, qu’on ressent que ça fait très mal à cause du phénomène de contractures musculaires (qui peuvent être invalidantes et  soulagées parfois par des techniques manuelles), c’est une douleur mécanique. De la même manière, si la douleur est plus intense quand vous toussez, vous éternuez ou quand vous allez à la selle, c’est en soit une bonne nouvelle qui indique que c’est mécanique. Cette douleur se calme avec du repos et disparaît avec un traitement adapté.
En revanche, pour un mal de dos inflammatoire, la douleur est profonde et lancinante et vous réveille en deuxième partie de nuit. Sans oublier, le dérouillage matinal qui nécessite de bouger une bonne demi-heure pour que la douleur soit soulagée ou au moins améliorée.

 

4/ En tant que rhumatologue, vous êtes souvent confronté à des patients qui viennent pour un mal de dos pourtant parfois certains éléments clés vous manquent, quels sont-ils ?

Les éléments qui nous manquent sont essentiellement des examens complémentaires comme  une  prise de sang pour savoir s’il y a une élévation de la CRP (protéine C-Réactive pour détecter s’il y a eu une inflammation dans l’organisme) et une imagerie des sacro-iliaques, si on soupçonne que ça vient de là. Une prise correcte ou non des anti-inflammatoires le matin et surtout le soir au coucher quand il y a eu des douleurs nocturnes.

 

5 / Y a-t-il des manifestations autres qu’articulaires qui peuvent vous aider à poser un diagnostic ?

En tant que rhumatologue spécialisé dans la spondylarthrite ankylosante, je suis très attentif aux signaux d’alerte. La question est de savoir comment faire en sorte qu’un médecin généraliste voit lui aussi ces signaux. Il ne faut pas se baser uniquement sur des symptômes mais aussi  vérifier le terrain du patient. Un sujet de moins de 40 ans qui souffre de lombalgie depuis plusieurs mois, n’a pas forcément une sciatique. Il faut remonter dans le temps pour détecter les signes avant-coureurs comme des douleurs aux talons, des doigts enflés en « saucisse », un gonflement de la cheville, des épisodes de diarrhées répétées, du psoriasis, des yeux rouges avec une vision trouble… Plus les informations seront précises, plus ce sera facile.

En recherchant l’ensemble de ces éléments (et ne pas considérer uniquement  la douleur dorsale), cela me permet d’avoir les éléments nécessaires pour entamer un diagnostic.

 

6/ Quelles réactions ont vos patients quand vous mettez enfin un nom sur la cause de leurs douleurs ?

La moitié de mes patients viennent me voir pour savoir s’ils ont une spondylarthrite ankylosante et l’autre moitié ne connaissent pas cette maladie, quand je leur annonce le diagnostic. Pour les premiers qui se sont énormément renseignés sur le sujet, ils sont anxieux, il faut donc les rassurer. Pour les seconds, il faut leur expliquer de manière simple la maladie, son évolution et les objectifs du traitement.

Dans un cas comme dans l’autre, je suis là pour leur donner de l’espoir et leur dire qu’ils vont avoir une vie à peu près normale avec la nécessité de suivre un traitement. Mon objectif premier est de véhiculer le message d’une situation qui est maîtrisable.

 

Si vous souffrez d’un mal de dos depuis plus de 3 mois, suivez les conseils du Dr Hudry, faîtes le test et parlez-en à votre médecin.

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Il existe différents types de mal de dos, découvrir lequel vous fait souffrir vous permettra de bénéficier d’une prise en charge adéquate. Si vous souffrez du dos depuis plus de trois mois, nous vous invitons à répondre aux 5 questions sur votre mal de dos qui vous aideront, vous et votre médecin, à identifier si votre douleur est d’origine inflammatoire ou mécanique.

Références: 

1EMC - Rhumatologie-Orthopédie Volume 1, Issue 4, July 2004, Pages 295-319
Lombalgies Low back pain 
S.PoiraudeauM.-M.Lefevre ColauF.Fayad F.Rannou M.Revel