COOKIES:

Ce site utilise des cookies pour assurer son bon fonctionnement Fermer

TOUT MAL DE DOS N’EST PAS LOMBAGO… « SAVOIR RECONNAITRE UNE DOULEUR INFLAMMATOIRE DE COLONNE VERTÉBRALE POUR VITE TIRER LA SONNETTE D’ALARME AUPRÈS DE SON MÉDECIN »

21 février 2018

 

Quelle qu’en soit la cause, un mal de dos peut venir perturber notre sommeil durant la nuit. Pour autant, d’emblée, certains indices simplement identifiables pourraient permettre de suspecter une maladie rhumatismale débutante, qui n’aura pas du tout les mêmes conséquences qu’une simple lombalgie d’origine discale. Sur cette question, susceptible de conditionner significativement le pronostic ultérieur, nous avons questionné le Dr Hayem, rhumatologue à l’hôpital Ambroise Paré à Boulogne-Billancourt, qui traite notamment les patients atteints de spondyloarthrite.

 


 

1/ Quels sont les caractéristiques qui distinguent un mal de dos de nature inflammatoire d’un mal de dos mécanique ?

Il faut bien comprendre qu’une maladie inflammatoire, quelle qu’elle soit, n’a aucune raison de connaître de répit, puisqu’elle résulte dans l’immense majorité des cas d’un conflit immunologique, persistant 24 heures sur 24. Par conséquent, lorsque l’inflammation cible la colonne vertébrale (le rachis en langage médical), comme c’est le plus souvent le cas au cours des spondyloarthrites, elle entraîne des douleurs permanentes, et donc notamment nocturnes. Ces « rachialgies » sont le plus souvent atténuées durant la journée, à la suite d’une période de « dérouillage » matinal, dont la durée est généralement proportionnelle à l’intensité du phénomène inflammatoire nocturne. Ce dernier est maximal en deuxième partie de nuit, à distance de la fin des activités diurnes et d’une éventuelle prise le soir ou au coucher d’un médicament anti-inflammatoire. Que des douleurs à prédominance nocturne réveillent régulièrement la personne qui en souffre, il n’y a là rien que de très logique. Le nombre de réveils par nuit est d’ailleurs un autre marqueur utilisé pour apprécier la sévérité d’un rhumatisme inflammatoire.

 

2/ Ces douleurs persistent-elles au réveil ?

Dans la grande majorité des cas, elles persistent effectivement, mais se dissipent progressivement dans la matinée. Comme je l’indiquais, le simple fait de reprendre au réveil une activité physique, même légère, permet un assouplissement progressif du rachis. Ce « dérouillage » peut être plus rapide et complet sous l’effet de produits anti-inflammatoires. La nette efficacité de cette catégorie de médicaments est d’ailleurs considérée comme un indice supplémentaire en faveur du diagnostic de spondyloarthrite.

 

3/ Si une personne, qui n’a jusqu’alors aucune maladie diagnostiquée, se réveille avec des douleurs dans le dos la nuit, ce n’est donc pas anodin, que doit-elle faire ?

Quand on souffre, d’une manière générale il ne faut pas hésiter à en parler à son médecin traitant, plus qu’à son entourage. Le risque principal est de voir banalisé un symptôme qui ne doit pas l’être. Pour autant, il ne s’agit pas non plus de se précipiter chez son généraliste dès la première nuit un peu difficile… Le classique « tour de reins » (lumbago), lorsqu’il est récent, peut lui aussi occasionner des douleurs la nuit, qui cependant prédomineront lors des changements de position et seront calmées par le repos. Des rachialgies inflammatoires survenant plusieurs nuits d’affilée devront en revanche conduire à une consultation médicale. Après, ce sera au tour du généraliste d’être lui aussi à l’écoute de son patient, en analysant précisément l’horaire et le retentissement des douleurs de colonne vertébrale. « Pas d’écoute, pas de diagnostic », telle est la maxime qui pourrait parfaitement s’appliquer aux spondyloarthrites débutantes, invisibles par nature, car affectant une partie profonde du corps.

 

4/ Quels sont les signes avant-coureurs qu’il faut surveiller de près ?

C’est plutôt l’absence de signe annonciateur qui doit mettre la puce à l’oreille. A partir du moment où vous ressentez une douleur que vous estimez inhabituelle, qu’elle réapparait chaque nuit, qu’il n’y a pas eu d’événement particulier susceptible de l’expliquer - comme par exemple un effort intense dans les jours précédents -, il parait nécessaire de consulter.

Certaines personnes sont plus endurantes et pourront supporter des nuits assez courtes, d’autres sont moins sensibles à la douleur. Par voie de conséquence, elles tarderont davantage à consulter un médecin. A l’opposé, d’autres s’avèrent très sensibles à la douleur et vont très rapidement tirer la sonnette d’alarme. Faute d’éléments probants à l’interrogatoire, ces deux situations sont fréquemment à l’origine de retards au diagnostic.

Certaines formes de spondyloarthrite surviennent à la suite d’un épisode infectieux, ou encore dans le contexte d’une autre maladie chronique, intestinale ou cutanée notamment. C’est le rôle du médecin de rechercher ce type d’indice, une fois que la nature inflammatoire de la douleur a bien été confirmée. Avant même toute investigation plus approfondie, biologique ou radiologique, l’enquête médicale permet d’estimer avec une bonne précision le degré de probabilité d’une spondyloarthrite.

 

5/ Une fois la spondyloarthrite diagnostiquée et prise en charge, est-ce que les douleurs nocturnes disparaissent ?

C’est l’objectif principal du traitement. Indirectement, il permet aussi de contrer les effets négatifs des douleurs sur la qualité de vie, et plus particulièrement sur le sommeil et les performances physiques. En plus des douleurs, les patients se plaignent très souvent d’une importante fatigue, qui ne semble pas seulement liée aux troubles du sommeil, mais aussi au processus inflammatoire biologique proprement dit. Ceci joint à d’éventuelles difficultés professionnelles ou relationnelles familiales, on comprend que nombre de patients peuvent sombrer dans un état dépressif réactionnel, qui interfère souvent de manière négative avec les effets des médicaments anti-rhumatismaux.

Une fois le diagnostic porté, le traitement repose dans un premier temps sur les médicaments anti-inflammatoires non stéroïdiens (c'est-à-dire ne contenant pas de corticoïdes), qui vont atténuer voire faire disparaître les douleurs de manière rapide, généralement en moins de 48 heures. Cela suppose bien évidemment de choisir la bonne molécule, la bonne dose et le bon moment de chaque prise : on optera de préférence pour un AINS à libération prolongée pour que son action puisse couvrir les 24 heures de la journée, en privilégiant toujours la prise du soir, si possible au coucher, pour que l’effet antalgique puisse se maintenir jusqu’au lendemain matin. Cependant, ce traitement ne peut pas être continué sur le long terme parce qu’il est susceptible de provoquer divers effets indésirables. En cas de difficulté à stopper le traitement AINS ou en cas d’efficacité insuffisante, on s’orientera vers un traitement de seconde ligne, dont l’objectif ne sera plus de traiter directement l’inflammation ni la douleur, mais d’agir de manière plus ciblée et sélective sur l’une des voies d’activation du système immunitaire, impliquées dans le déclenchement et la pérennisation des spondyloarthrites.

 

6/ Est-ce que l’activité physique peut réduire les effets négatifs des spondyloarthrites ?

Pratiquer une activité sportive juste avant de dormir ne vous évitera évidemment pas d’éventuels réveils nocturnes. Cependant, l’activité physique est certainement un excellent moyen de contrer certains effets négatifs de la spondyloarthrite, à commencer par l’enraidissement du rachis, mais sans oublier la fatigue ni la déperdition musculaire globale. L’activité physique, sous réserve d’être régulière, planifiée et encadrée, représente assurément une arme thérapeutique en tant que telle, venant en complément des traitements médicamenteux.

 

PARTAGEZ LA PAGE
RÉPONDEZ AUX 5 QUESTIONS
SUR VOTRE MAL DE DOS​

Il existe différents types de mal de dos, découvrir lequel vous fait souffrir vous permettra de bénéficier d’une prise en charge adéquate. Si vous souffrez du dos depuis plus de trois mois, nous vous invitons à répondre aux 5 questions sur votre mal de dos qui vous aideront, vous et votre médecin, à identifier si votre douleur est d’origine inflammatoire ou mécanique.