COOKIES:

Ce site utilise des cookies pour assurer son bon fonctionnement Fermer

« LA SPONDYLOARTHRITE EST UNE PATHOLOGIE TRÈS DIFFICILE À DIAGNOSTIQUER »

29 mars 2018

 

Nous pouvons tous être potentiellement touchés par un mal de dos, qu’il soit simplement mécanique ou inflammatoire. Dans les deux cas, la prise en charge doit se faire rapidement pour éviter de perdre du temps. Quand il s’agit d’une spondyloarthrite, s’ajoutent les problèmes de diagnostic, c’est la principale difficulté aujourd’hui des rhumatologues comme l’explique le Docteur Goupille, rhumatologue au CHRU de Tours.

 

 

 

1/ Le mal de dos, est-ce une réalité ou un cliché ?

C’est absolument une réalité. La lombalgie, qu’on appelle plus communément mal de dos ou lumbago, est extrêmement fréquente. Au moins une fois dans sa vie, une personne va faire un épisode de lumbago. Par contre ce qui est préoccupant, ce sont les 5 à 10% de cas qui se transforment en lombalgie chronique (1).

 

2/ Pourquoi sommes-nous tous potentiellement touchés ?

C’est essentiellement dû au mode de vie favorisé par certaines activités professionnelles notamment physiques ou encore le manque d’activité sportive. Cela peut être également dû à des muscles lombaires déficients. Dans ce cas là, c’est la colonne vertébrale qui subit tous les chocs et toutes les pressions.

Si le mal de dos est aussi répandu, c’est parce que je trouve qu’on ne fait pas assez de prévention, notamment sur le renforcement musculaire qui  aide énormément. En effet, en cas de lombalgie aigue, il ne faut surtout pas que le médecin prescrive une période de repos imposé. On a déjà démontré que les personnes qui restent au lit pendant plusieurs jours vont plus mal que celles qui poursuivent leurs activités (2). La solution, c’est le maintien de l’activité quand ceci est possible. C’est d’ailleurs l’objet de la dernière campagne nationale de la caisse primaire d’assurance maladie. Tant que vous pouvez continuer à bouger, il faut maintenir son activité pour que ça rentre dans l’ordre le plus rapidement.

 

3/ Est-ce que la rapidité d’une prise en charge joue sur le rétablissement d’un patient ?

Pour le cas de la lombalgie aigue, plus vite un patient est traité et soulagé avec des antalgiques par exemple et plus vite cela l’empêchera d’être atteint de lombalgie chronique.

De toute façon, dès que vous ressentez une douleur qui persiste, il faut consulter. D’une part pour éviter le passage à la chronicité et d’autre part pour éliminer une affection plus grave qui serait à l’origine de cette lombalgie

On entend toujours dire : « le mal de dos, c’est le mal du siècle, c’est rien, ça va passer », A cause de cette banalisation, j’ai déjà eu à diagnostiquer des patients qui étaient atteints de spondyloarthrite depuis 5 ou 10 ans !

 

4/ Ce sont des personnes en errance médicale ?

Pour le cas de la spondyloarthrite, on a longtemps dit que le délai moyen entre le début des symptômes et le diagnostic était de 6 ou 7 ans. Il s’est peut-être réduit grâce à des campagnes de prévention, comme celle menée par Ne Lui Tournez Pas Le Dos ou d’autres initiatives (3). Elles permettent aux patients de différencier la lombalgie mécanique de l’inflammatoire.

Les deux questions à se poser sont les suivantes :

-      Est-ce que le patient est parfois réveillé la nuit par les douleurs, notamment en fin de nuit ?

-      Le matin, le patient est-il rouillé ? C’est-à-dire qu’il lui faut une demi-heure ou une heure pour être vraiment opérationnel et son état s’améliore dans la journée quand il a bien bougé.

Si les médecins généralistes posaient ces simples questions, on pourrait identifier plus de spondyloarthrite et beaucoup plus rapidement.

Néanmoins, ce n’est pas toujours si simple. En général lorsque le médecin suspecte un diagnostic de spondyloarthrite, il va demander une prise de sang et peut  ne pas trouver de syndrome inflammatoire. Il va éventuellement rechercher l’antigène HLA-B27, qui est le marqueur génétique le plus connu de la spondyloarthrite, et il peut être négatif. Voilà en général comment un patient peut « en prendre » pour 5 ans d’errance lorsque les signes biologiques ou génétiques ne permettent pas d’objectiver  une spondyloarthrite.

Pour moi, si un patient présente un réveil nocturne à cause des douleurs et décrit un dérouillage matinal, son généraliste doit l’adresser à un rhumatologue, qui lui va pouvoir affiner le diagnostic.

 

5/ Cette errance est d’autant plus forte quand le patient se trouve dans un désert médical ?

Effectivement, c’est compliqué ; moi-même, j’exerce dans une région (Centre-Val de Loire) défavorisée en termes de démographie médicale. J’ai sur mon bureau une centaine de courriers de demande de rendez-vous dont, je pense, 60 à 70 où le généraliste me dit que c’est un cas probable de spondyloarthrite. Je ne sais pas bien quand je vais pouvoir les voir. Je finis bien sûr par leur donner un rendez-vous mais ça prend du temps !

 

6/ Comment expliquez-vous cette difficulté à poser un diagnostic ?

Aujourd’hui la spondyloarthrite n’a plus rien à voir avec la spondylarthrite ankylosante d’il y a 20 ans. Il suffisait alors de voir une personne dans la rue pour pouvoir faire le diagnostic. Aujourd’hui les patients atteints n’ont ni déformations ni ankylose et surtout, pour la majorité, des radiographies normales !

On ne sait pas si ce sont les facteurs environnementaux qui ont changé puisque la spondyloarthrite est une maladie qui survient sur un terrain génétique prédisposant et qui est déclenché par des facteurs qu’on n’a pas encore identifiés. Il y a 7 à 8% des Français qui sont porteurs de ce fameux antigène HLA-B27 et parmi ceux-là, il n’y en a qu’une petite minorité qui va déclencher une spondyloarthrite. Tout comme certaines personnes qui n’ont pas l’antigène HLAB27 peuvent avoir une spondyloarthrite.

C’est la pathologie qui nous pose, à mes confrères rhumatologues et moi-même, les problèmes diagnostiques les plus difficiles aujourd’hui. Tous les jours, on voit des patients qui ont des symptômes cliniques évocateurs de spondyloarthrite. On fait des radiographies qui sont normales. On fait ensuite une IRM de la colonne vertébrale et du bassin pour trouver des signes d’inflammation et à peu près une fois sur deux cette IRM est normale. Donc on a beau être convaincu que c’est une spondyloarthrite, il n’y a aucun élément objectif pour l’affirmer. C’est là que ça devient très compliqué à gérer pour les patients. C’est bien plus simple quand les lésions inflammatoires sont visibles sur la radiographie ou sur l’IRM, là le diagnostic est certain et 90% du travail est fait, il n’y a plus qu’à passer au traitement. J’explique toujours à mes patients cette difficulté à établir le diagnostic parce que c’est déstabilisant pour eux d’avoir différents sons de cloche selon le spécialiste qu’ils vont aller consulter.

 

7/ Quels conseils pouvez-vous donner pour les personnes qui souffrent d’un mal de dos chronique ?

Pour la lombalgie chronique mécanique, aujourd’hui le seul traitement que je conseille et qui a prouvé son efficacité, c’est la prise en charge en rééducation. Cela permet de travailler le renforcement musculaire. On peut le faire soit chez le kinésithérapeute soit dans des centres de rééducation pour des patients plus lourdement atteints avec des programmes de réentrainement à l’effort pendant 4/5 semaines en centre avec 6 à 8 heures de musculation par jour.

Pour le cas d’un mal de dos inflammatoire comme la spondyloarthrite, j’encourage les patients à aller consulter un rhumatologue pour une prise en charge adaptée en ayant conscience des problèmes de diagnostic dont je parlais plus haut.

 

PARTAGEZ LA PAGE
RÉPONDEZ AUX 5 QUESTIONS
SUR VOTRE MAL DE DOS​

Il existe différents types de mal de dos, découvrir lequel vous fait souffrir vous permettra de bénéficier d’une prise en charge adéquate. Si vous souffrez du dos depuis plus de trois mois, nous vous invitons à répondre aux 5 questions sur votre mal de dos qui vous aideront, vous et votre médecin, à identifier si votre douleur est d’origine inflammatoire ou mécanique.

Références:

1. Juniper M, Le TK, Mladsi D. The epidemiology, economic burden, and pharmacological treatment of chronic low back pain in France, Germany, Italy, Spain and the UK: a literature-based review. Expert Opin Pharmacother 2009;10(16):2581-92.  

2. Hagen KB, Hilde G, Jamtvedt G, Winnem M. Bed rest for acute low-back pain and sciatica. Cochrane Database Syst Rev 2010;(6):CD001254.

3. Brandt HC, Spiller I, Song IH, Vahldiek JL, Rudwaleit M, Sieper J. Performance of referral recommendations in patients with chronic back pain and suspected axial spondyloarthritis. Ann Rheum Dis 2007;66(11):1479-84.