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"IL EST POSSIBLE DE PRATIQUER UNE ACTIVITÉ PHYSIQUE TANT QU'ELLE EST ADAPTÉE"

20 juin 2017

 

La peur d’avoir mal ne doit pas être un frein pour bouger, voilà le chantier sur lequel s’attèle le Docteur Christelle Sordet. Rhumatologue au CHU Hautepierre de Strasbourg et coordinatrice de l’Unité Transversale pour l’Education du Patient (UTEP). C’est dans le cadre de son activité de rhumatologue et afin d'améliorer la prise en charge des patients souffrant de rhumatismes inflammatoires chroniques qu’elle est amenée à mettre en place des activités physiques. Nous lui avons posé des questions sur l’activité physique adaptée, plus communément appelée APA.

 

 

Le plus souvent, on dit que lorsque l’on a mal au dos, il ne faut pas faire de sport : mythe ou réalité ?

C’est plutôt un mythe, mais je vais nuancer ma réponse en faisant la distinction entre quelqu’un qui est complètement bloqué du dos (que l’on va appeler lombalgie aiguë) et qui de ce fait, n’a pas d’autre choix que celui de se reposer, et quelqu’un qui a des douleurs chroniques, pour lequel, il est préférable de « bouger ». Ce qui paralyse ce type de patients, c’est la peur de la douleur, la crainte de se faire plus mal.

 

La pratique d’une activité physique peut-elle faire partie de la prise en charge de vos patients souffrant d’un rhumatisme inflammatoire chronique ?

Effectivement, elle est prise en charge par des EAPA, des enseignants en activité physique adaptée. Ce sont des professionnels formés en STAPS (sciences et techniques des activités physiques et sportives). Après avoir déterminé les difficultés, les peurs et les envies du patient, l’EAPA va remettre en mouvement le patient souvent d’ailleurs de manière ludique. On tente au maximum de bannir le mot «sport», car c’est un mot qui fait souvent peur, notamment aux personnes qui n’ont jamais été sportives. En parlant d’APA (activité physique adaptée), cela passe mieux, le mot adapté est très important.

 

Vous avez mis en place pour vos patients, au sein de votre hôpital, des séances d’exercices physiques avec un EAPA, en quoi cela consiste-t-il ?

Ce sont des séances en groupe qui durent 1h30 avec un échauffement, des exercices et des étirements. Elles ont lieu dans le gymnase de l’hôpital mais aussi à la piscine ou dans des  parcs de la ville. Pas besoin de matériel sportif technique, on joue la carte du ludique avec des gros ballons pour s’asseoir dessus, des boules de pétanque, des raquettes… Nous ne sommes pas à la recherche de la performance, nous souhaitons que nos patients prennent conscience qu’au fur et à mesure des séances, ils font des efforts physiques. Avec des exercices relativement simples mais adaptés, on leur montre qu’ils ont travaillé leur rythme cardiaque, leurs muscles, leurs articulations, leur souplesse ou encore leur équilibre. Au bout de plusieurs séances d’APA, ils constatent qu’ils ont progressé, qu’ils sont moins essoufflés et qu’ils n’ont pas plus mal ou ne sentent pas plus fatigués.

Mais avant de les amener à faire de l’APA, il faut combattre leurs craintes. Beaucoup ont peur, d’avoir des douleurs de faire des poussées de la maladie. De ce fait, ils se déplacent moins, font plus difficilement ou évitent certains mouvements. Ils ne sollicitent pas leur dos et deviennent raides. Ils « l’économisent » Ils perdent leurs muscles et ils entrent dans la spirale de la kinésiophobie (la peur de bouger pour éviter d’avoir mal).

On essaye alors de casser cette spirale pour qu’ils reprennent goût à une activité et surtout qu’ils puissent la faire ensuite chez eux.

 

Comment se traduisent les bénéfices de l’activité physique sur vos patients ?

Ce sont beaucoup de bénéfices d’ordre psychosocial. Les témoignages qui reviennent le plus souvent sont « je suis capable de », « je me sens mieux ». Tout cela les aide à reprendre confiance en eux, booste leur estime d’eux-mêmes. Côté santé, les réactions sont assez unanimes avec des patients qui avaient peur d’avoir mal mais qui n’ont pas eu plus mal que d’habitude ainsi qu’une baisse de la consommation de médicaments antidouleur pour certains patients (même si ça n’a pas été démontré scientifiquement). Des patients nous ont même envoyé des photos de leurs vacances où ils se sont remis au ski, au vélo…

 

Comment réussissez-vous à motiver vos patients à reprendre une activité physique?

Pour pousser un patient à s’y remettre, il n’y a pas de secret, il faut apprendre à le connaître. Et comprendre d’où provient l’expérience douloureuse. Notre coach les reçoit en entretien individuel pour les écouter, les mettre en confiance. Elle leur montre quelques exercices qui seront effectués et elle démystifie l’activité physique. Par exemple une mère de famille qui accomplit de nombreuses tâches ménagères dans la journée, c’est de l’activité physique ! Monter les escaliers chez soi plusieurs fois par jour, c’est de l’activité etc…

L’APA, c’est avant tout des exercices de renforcement musculaire et du travail cardiovasculaire à la portée de tous. C’est leur faire comprendre que cette activité proposée sera adaptée, parce que l’EAPA connait la pathologie et leur difficulté personnelle.

 

Quels conseils donneriez-vous à des patients qui souffrent d’un mal de dos chronique et qui ont peur de pratiquer une activité physique ?

Tous ceux qu’on a réussi à faire venir à nos séances sont contents. D’autant que ça crée du lien. Ils se retrouvent ensemble avec les mêmes problèmes, ils se comprennent entre eux. Ils se sentent entendus et compris. Ils viennent ainsi en confiance dans un cadre qui est adapté à eux. Donc l’essayer, c’est l’adopter ! Je dirais même plus que pour nous le challenge c’est « l’essayer c’est l’adapter ». Ce qui implique de s’adapter le plus possible à nos patients avec des exercices sur-mesure et d’aller à leur rythme.

 

Connaissez-vous un patient atteint de mal de dos qui a réussi son projet de vie dans le domaine du sport ?

J’ai en tête l’exemple d’un patient qui était sportif, pas de haut niveau, et qui faisait régulièrement de la course à pied et du vélo. La spondylarthrite l’a complètement cloué au lit, il était essoufflé au moindre effort physique, ça le déprimait totalement. Il a voulu reprendre le sport seul mais ça n’a pas marché. Il s’est mis à l’APA et il a pu reprendre une activité. Pas forcément à son niveau d’avant mais qui lui convient aujourd’hui et c’est le plus important.

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